Le pouvoir d'un stimulus minimal

Tout ce que vous considérez comme vôtre n'est pas forcément né en vous. Certaines inclinations sont apparues discrètement, sans discussion, sans que vous les ayez sollicitées.

On ne se souvient pas du moment précis où l'on a commencé à aimer certaines choses. Elles étaient simplement là, un jour.

Une marque choisie presque instinctivement. Une idée qui paraît désormais raisonnable. Une façon d'appréhender la réussite. Une image du “ bien vivre ”.

Il n'y avait pas de scène fondatrice. Il y avait de la répétition.

Et le cerveau, silencieux, commença à s'adapter.

La familiarité comme refuge

Dans les années 1960, le psychologue social Robert Zajonc a formulé ce qu'il a appelé le effet de simple exposition: une simple exposition répétée à un stimulus augmente la probabilité que nous le trouvions agréable.

Non pas parce que nous le comprenons.
Non pas parce que nous l'analysons.
Mais parce que cela cesse de nous paraître étrange.

Zajonc a montré à différents participants des symboles chinois qui n'avaient aucune signification pour eux. Certains n'apparaissaient qu'une seule fois ; d'autres, à plusieurs reprises. Lorsqu'il leur a demandé lesquels ils préféraient, ils ont choisi ceux qui apparaissaient le plus souvent.

Il n'y a pas eu de dispute.
Il y avait un sentiment de familiarité.

Des décennies plus tard, les neurosciences ont démontré que les stimuli familiers ont tendance à activer moins la réponse de menace dans l'amygdale, une structure cérébrale liée au traitement des émotions. Le familier exige moins de vigilance et consomme moins d'énergie. Le cerveau interprète la répétition comme un signe de sécurité.

Ce qui ne menace pas rassure.
Ce qui est apaisant est agréable.
Et ce qui est plaisant, c'est que l'intégration soit harmonieuse.

L'économie du cerveau

Le cerveau humain fonctionne selon un principe de conservation de l'énergie. Daniel Kahneman a décrit deux modes de traitement : l'un rapide, automatique et intuitif ; l'autre lent et délibéré.

La première l'emporte la plupart du temps.

Il serait impossible d'évaluer de manière critique chaque stimulus. Remettre en question chaque message serait épuisant.

Le système rapide utilise donc des raccourcis.

L'une d'elles est la familiarité.

Si quelque chose se répète sans entraîner de conséquences négatives immédiates, le cerveau le considère comme acceptable. Et ce qui est acceptable peut facilement devenir préféré.

Il ne s'agit pas de faiblesse.
C'est l'efficacité cognitive.
Mais cette efficacité a un prix : la perméabilité.

Un phénomène qui a une histoire

La répétition comme mécanisme d'influence n'est pas nouvelle.

Dans la Rome antique, les empereurs frappaient des pièces à leur effigie. Il ne s'agissait pas d'un simple choix esthétique ; c'était un rappel constant de leur présence. Chaque transaction économique servait à rappeler qui détenait le pouvoir.

Au XXe siècle, les régimes totalitaires ont parfaitement compris le pouvoir de la répétition visuelle et verbale. Symboles, slogans, images et devises étaient répétés à l'envi jusqu'à devenir omniprésents. Il n'était pas toujours nécessaire de convaincre par des arguments sophistiqués ; il suffisait d'instaurer une familiarité.

Même dans des contextes moins extrêmes, la publicité du siècle dernier a constaté que la répétition d'un jingle ou d'un logo suffisait à accroître la préférence des consommateurs, même si le contenu du message était superficiel.

La répétition n'impose pas ; elle use la résistance.

Mais ce phénomène n'est pas seulement politique ou commercial.

C'est aussi un lieu intime.

Réfléchissez à la manière dont se forme votre idée du succès.

À quel moment avez-vous commencé à l'associer à certains objets, certaines expériences, certaines normes ?

Voyages exotiques.
Corps sculptés.
Restaurants exclusifs.
Indépendance absolue.
Authenticité permanente.

Y a-t-il eu une réflexion approfondie ? Ou ces images se sont-elles répétées année après année jusqu’à ce qu’elles cessent de paraître inspirantes et commencent à paraître normales ?

La culture ne discute pas toujours.
Expliquer.
Et l'exposition, lorsqu'elle est constante, façonne.
Mini test introspectif

Ne répondez pas à voix haute. Répondez-y intérieurement.

  • Quelle image vous vient à l'esprit lorsque vous pensez à “ une vie épanouie ” ?
  • Combien de fois l'avez-vous vue sur les réseaux sociaux, dans les magazines, dans les films ?
  • Quels mots associez-vous au bonheur ?
  • Quand avez-vous commencé à les associer comme ça ?
  • Existe-t-il des désirs que vous sentez vous appartenir, mais dont vous ne vous souvenez pas de la première apparition ?

Il ne s'agit pas de vous juger, mais d'observer.

Si vous constatez que nombre de vos aspirations coïncident presque exactement avec les récits que vous avez le plus consommés, cela ne signifie pas qu'elles sont fausses.

Cela signifie que la répétition a fait son effet.

Le paysage mental

Le stimulus minimal ne se manifeste pas.

Cela s'accumule.

Une photo aujourd'hui.
Un autre matin.
Une phrase qui revient souvent dans les conversations.
Un message implicite dans les histoires des autres.

Cela ne vous fait pas changer d'avis en un jour. Cela le façonne petit à petit.

Comme l'eau qui polit la pierre.

La psychologie sociale a également mis en évidence le phénomène d“” amorçage » : une exposition préalable à certains stimuli peut influencer des comportements ultérieurs sans que la personne en soit consciente. John Bargh a montré, lors d’expériences, que des mots associés à la vieillesse pouvaient influencer la vitesse de marche des participants.

Ils n'ont pas reçu d'ordre.
Une association a été activée.
Et les associations répétées créent des cadres mentaux.

L'illusion du choix

Nous aimons penser que nos décisions sont autonomes.

Nos goûts sont l'expression de notre identité. Nos opinions sont le fruit d'une analyse.

Et en partie, oui.

Mais elles sont aussi imprégnées de répétition.

Le cerveau confond familiarité et vérité.
Il confond répétition et légitimité.

Si un élément apparaît constamment dans l'environnement et ne rencontre pas de forte opposition, le système l'intègre comme faisant partie du paysage normal.

Et ce qui est normal est rarement remis en question.

Une invitation à la prise de conscience

Il ne s'agit pas de se méfier de tout.

Il s'agit de reconnaître qu'une exposition constante laisse des traces.

Choisir ce que l'on consomme n'est pas qu'une question d'esthétique. C'est un choix éducatif.

Chaque stimulus répété représente un petit investissement dans le paysage de notre esprit.

La question n'est peut-être pas de savoir si nous sommes influencés. C'est inévitable.

La question est :

Sommes-nous conscients de ce que nous laissons se reproduire ?

Car ce qui se répète ne crie pas toujours. Mais cela finit par définir le contexte dans lequel nous pensons.

Et ce passé, au fil du temps, ressemble fortement à ce que nous croyons être nous-mêmes.

Le pouvoir d'un stimulus minimal

Tout ce que vous considérez comme vôtre n'est pas forcément né en vous. Certaines inclinations sont apparues discrètement, sans discussion, sans que vous les ayez sollicitées.

Un mouvement subtil qui symbolise la répétition constante

Si la répétition façonne vos préférences,
Quel effet un parfum peut-il avoir sur votre mémoire ?

Découvrez-le dans Quelle est l'odeur du bonheur ?